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dimanche 20 mars 2016

La vie ne tient qu'à un fil, concurs Fantastique Provence

Voila résultat du concours Fantastique Provence, je suis sur le podium...Avec "La vie ne tient qu'à un fil", que vous pouvez découvrir juste là :




La vie ne tient qu’à un fil.


Sur la place, au petit matin, je les vois s’affairer autour de l’estrade. C’est un jour sans mistral, ils commencent tôt parce que le soleil de Provence darde haut en cette saison. Bientôt nul ne pourra traverser sans couvre-chef pour se protéger. Les planches sont entassées dans un coin, il va falloir plusieurs heures pour les assembler et un long rouleau tressé est affalé juste à côté d’elles. D’un œil j’observe ces hommes au travail, de l’autre je jette un regard sur ma vie.
Quel destin que le mien !
Mon père était cordier. Issu de sept générations spécialisées dans la corde marine. La boutique sur le Vieux Port était unique. Les armateurs ne juraient que par mon paternel. Il avait coutume de dire qu’une corde n’était pas faite uniquement de fils tressés. Que le temps, l’expérience, la patience et l’amour du travail bien fait était ce qui donnait toute la souplesse, la résistance et la longévité à cette longue ligne qu’il vendait au mètre. Dans ce hangar ouvert aux quatre vents, le marin pouvait dénicher tout ce qui ferait son bonheur et équiperait son pointu ou son voilier.
Pour ma part, et au grand désespoir de mon père, je ne m’y suis jamais intéressé. Je préférai plonger à la découverte du monde sous-marin. Je n’ai pas passé assez de temps à ses côtés et je le regrette encore aujourd’hui. Quand j’eus sept ans, il fut décapité par une amarre trop tendue, la corde ne venait pas de chez nous. Mon grand-père maternel prit le relais de mon éducation. Ma mère avait trop à faire avec l’atelier et la boutique. Ma vie changea du tout au tout.
Je restais suspendu à mon destin. La famille de ma mère était funambule dans un cirque. Tous les matins nous vérifions que le fil tressé résistait. Selon moi, pour faire ce métier, il fallait une bonne dose de courage et encore plus d’inconscience. Etiré à cinq mètre du sol entre deux mats, le lien qui devait traverser me semblait si tenu. Toutefois je pris mon courage à deux mains et tentai l’expérience. Celle-ci se solda par une chute heureusement sans gravité. Grand-père m’avait fait tester l’équilibre à cinquante centimètre d’altitude. Seul mon orgueil fut blessé. Je jurai de ne plus remettre un pied sur cette satanée ligne. C’est du sol ferme que j’observai dubitatif les envolées de mon aïeul.
La corde devait me réserver encore bien des surprises. Comme ce jour de Saint Jean où les jeux entre adolescents faisaient rage. Nous étions sur la plage du Prado. Là, sous le soleil de juin, les filles exhibaient leurs bikinis à la mode alors que nous, garçons, affichions d’imaginaires biscottos. La règle était simple : deux équipes face à face, une ligne centrale et ce lien que chacun tire de part et d’autre pour amener l’adversaire dans son camp. J’étais en première ligne, la bande de mon enfance me soutenait du mieux qu’elle le pouvait. Face à nous, outsiders, les tenants du titre. Indétrônables depuis une éternité. Leur arme était longue et fine, telle une liane aux yeux couleur de miel. La beauté de son regard n’avait d’égale que sa puissance musculaire. Cette année, j’en étais sûr, c’est nous qui gagnerions. La partie fut rude, chaque centimètre que nous cédions, nous le reprenions immédiatement. Les deux équipes se valaient. Ma concurrente ne ménageait pas sa peine pour mener les siens à la victoire. Finalement, elle franchit la frontière de sable. Tellement emporté par cet exploit, je donnais une dernière impulsion, et elle se retrouva dans mes bras. La corde m’avait apporté un cadeau. Celui de l’amour.
Ce lien là me permit toutes les audaces enfin la chance tournait et je la saisissais au vol.
Je m’unis à ma dulcinée : la corde au cou. Pour ma plus grande joie. Les années qui suivirent ne furent qu’enchantement.
Je travaillais de ci de là. Nous n’étions pas riches mais nous en avions assez pour vivre. Mon amour avait été embauché par ma mère pour l’aider au magasin. Je me refusai de prendre la succession qui nous aurait offert une vie plus sereine. Patiemment, elle apprit tout ce qu’il fallait savoir sur les cordages, le chanvre et les amarres. Elle transmettrait tout ceci à notre fils. Son ventre s’arrondissait et je n’étais pas peu fier. Quand il vint au monde, j’eus la responsabilité de rompre ce cordon qui le reliait à sa vie d’avant. En même temps que je lui offrais sa première indépendance, je promis de tout faire pour qu’il grandisse sereinement. Il était temps que je reprenne les rennes de l’entreprise familiale.
Bien malgré moi, je me rendais aux entrepôts chaque matin, j’organisais la journée, je vérifiais la qualité des fils, je tendais, tirais, tressais et le soir venu, le grand livre de comptabilité m’attendait.
Je réservais mon dimanche à cet enfant que j’aimais plus que tout. Nous partions en bateau mouiller au large du Frioul. Là, l’eau limpide nous tendait les bras. Armés de nos seuls masques nous plongions à la découverte d’un univers magique et libre de toute entrave.
Je vieillissais et je plongeais de moins en moins longtemps au fur et à mesure que le fils prodige battait des records d’apnée. Un dimanche, la houle se leva. Je voulais rentrer au port, lui non. Il me supplia de rester pour un dernier plongeon. Je cédai. Il n’eut pas le temps de voir la lame qui l’emporta, moi si. Le temps s’arrêta. Un ralenti pendant lequel j’étais incapable d’agir bien qu’il le faille. Je ne sais toujours pas comment j’ai lancé la bouée. Comment il s’y est accroché. Comment j’ai tiré sur la corde qui le ramenait à bord. Il était là dans mes bras, vivant. Je ne me serais pas pardonné de la perdre. J’aurais plongé à ses côtés.
Nous rentrions au port. Fourbus, mais heureux d’être en vie. Mon épouse nous attendait. Sans un mot elle prit notre fils par la main et tourna les talons. Plus notre situation financière était florissante, plus notre amour se délitait. Je ne la voyais plus qu’au magasin pour parler de boulot. A la maison, je m’écroulais de sommeil sitôt le repas englouti. J’avais oublié que les liens de l’amour comme les cordages des bateaux nécessitent du temps, de l’expérience, et de la patience, gage de longévité.
Elle avait largué les amarres.
J’embauchai un contremaitre. Je ne remis plus un pied dans cet établissement de malheur.

Les trois coups secs frappés à la porte m’arrachent à mes rêves. C’est l’heure. Je jette un dernier regard par la fenêtre.
La corde maintenant tendue sur la potence n’attend que moi.

lundi 10 septembre 2012

Derrière le Moucharabieh....concours de Fuveau

Voila ma nouvelle "Qui aime bien, chatie bien et réciproquement" qui a terminé 7ème au concours des écrivains en Provence - Fuveau 2012.

"QUI AIME BIEN CHATIE BIEN et RECIPROQUEMENT"
 
 
Je me souviens, l’année de mes quinze ans...

 Ma mère, excédée par mes bêtises, qui auraient pu avoir de fâcheuses conséquences sur mon avenir, m’envoyât chez son père, dans le sud du Maroc. Ayant grandi à Marseille, je découvrais pour la première fois la terre de mes ancêtres.  Cet été là, je ne l’oublierai jamais. Le temps d’une saison, je suivis les enseignements de mon grand-père.

De ma mémoire, remonte une anecdote : le jour suivant mon arrivée je visitais le village avec Grand-Père. Nous traversâmes des ruelles étroites sous le soleil accablant de juillet. Il n’était que dix heures du matin quand nous arrivâmes sur la Place aux Epices et déjà le souffle chaud du chergui saturait l’air de muscade, coriandre et cumin. Ces effluves entêtants déliaient les langues.

Cette large esplanade permettait d’atteindre une impasse  où nous pouvions reprendre nos esprits. Tout au fond se dressait un arganier. Je le contemplais un instant quand mon regard fut attiré par une étrange fenêtre de couleur brun- rouge tranchant avec les murs blancs qui l’encadraient. En regardant mieux, je m’aperçus qu’elle était ajourée de centaines de minuscules  ouvertures. Je m’approchais, attiré comme un aimant par cette porte qui devait mener au paradis - il ne pouvait en être autrement. Soudain, je fus subjugué par une odeur ensorcelante, jaillissant de ce lieu mystérieux. Je me retournai vers mon grand-père en suggérant :

-       Est-ce la demeure d’une reine ?

Grand-Père me toisa de toute sa hauteur. Il passa la main dans ses cheveux blancs et ses prunelles noires s’allumèrent à la lueur des souvenirs.

Il me montra un vieux banc sous l’arganier :

-       Viens t’asseoir, je vais te conter une histoire…

Nous nous installâmes, il prit une profonde inspiration et commença doucement.

 

«  Ceci est un moucharabieh. Derrière se cache le plus merveilleux des secrets. Je vais te le dévoiler. » Il s’éclaircit la voix puis continua en plongeant son regard dans les cieux azurs.

« Je devais avoir ton âge à peine. Je venais jouer ici avec les autres garçons jusqu’au jour où j’entendis des rires traverser cette ouverture -  Il me montra le moucharabieh - pas n’importe quels rires, pas ceux  de grands garnements comme toi et moi. Non. Des notes cristallines qui, si nous n’y prenons pas garde, peuvent passer pour le chant des oiseaux. N’écoutant que mon cœur, je m’élançai vers ces envolées enchanteresses. »

Grand-Père cessa sa narration un instant  puis  leva la tête en me soufflant : « L’arganier sous lequel nous sommes assis s’érigeait déjà à cet endroit. Jeune et quelque peu écervelé, j’entrepris de l’escalader pour essayer de voir à travers le moucharabieh.  Quelle idée ! Il n’y a que les chèvres  qui peuvent s’en sortir indemne ! C’est donc couvert d’égratignures que j’atteignis le sommet.

De là-haut, je n’avais qu’à me pencher pour voir à travers les minuscules ouvertures, qui étaient les créatures magiques qui exaltaient mes sens.  Dans la pièce, il n’y avait que des femmes.  La plus proche de moi était  très âgée. Elle dépliait devant elle un léger voile d’où se déversait une cendre chaude qu’elle récupérait  précautionneusement  dans un mortier en olivier. Puis longuement et patiemment elle pila cette étrange mixture. Je ne sus que bien plus tard qu’elle préparait le Khôl qui rend majestueux le regard des femmes d’ici. Tout près d’elle se tenait  trois jeunes femmes, l’une d’elle servait le thé à la menthe, tandis que la deuxième, sa sœur  à n’en pas douter, mélangeait délicatement du miel doré et du jus de citron pour en faire de la cire. Mes yeux écarquillés pour ne perdre aucune miette de ce spectacle auquel aucun homme n’est autorisé à assister,  je restais muet d’admiration devant la plus jeune d’entre elles.

Sa peau claire tranchait avec de longs cheveux noirs. La courbe de ses longs cils donnait à son regard un air angélique. Elle s’appliquait à préparer un fard vermillon en  travaillant  la pierre d’alun avec du jus de citron et de la poudre de coquelicot. Elle releva la tête et m’aperçut  à travers l’étrange grillage qui formait cette fenêtre. Prétextant avoir trop chaud, elle traversa la pièce et s’approcha gracieusement de moi ; je tremblais par avance qu’elle ne me dénonce. Elle n’en fit rien. Elle me sourit et mima du bout des lèvres :

-       Quel est ton nom ?

-       Mustapha et toi ? Répondis-je de la même façon.

-       Jasmine.

Nous nous observâmes un long moment en silence

 Audacieux, je murmurai : «A la tombée de la nuit  je serai là, derrière le moucharabieh, rejoins-moi. » Elle ne dit rien et retourna à sa tâche.

Je descendis de l’arbre aux mille griffes et rentrai chez moi ne pensant qu’à cette rencontre nocturne. Je ne mangeai  que du bout des lèvres. Ma mère s’inquiéta  autant de mon manque d’appétit que de mes écorchures. Je ne dis rien, encore sous le charme de cette subreptice rencontre.

Je ne pensais qu’à Jasmine. Même son  prénom embaumait mon cœur. Du haut de mes quinze ans la terre m’appartenait et ce soir j’allais rencontrer  celle qui deviendrait,  j’en étais persuadé, l’élue de mon cœur.

Le soleil déclinait lentement vers l’ouest et je partis vers la maison de Jasmine en sautillant, le cœur léger. L’arganier m’attendait toujours  prêt à en découdre. Je repris mon ascension tachant d’oublier les morsures  que m’infligeait cet ascenseur vers le paradis. Arrivée en haut de cet arbre démoniaque j’entrepris d’escalader la façade en prenant soin de m’aider des aspérités du mur et me retrouvais sur le toit. Je redescendis de l’autre côté du toit dans la cour intérieure, ensuite, ce fut un jeu d’enfant de rejoindre le lieu de mon rendez-vous car la maison semblait endormie.

Je pénétrai dans le sein des seins de cette demeure, la pièce réservée aux femmes. Celle où elles préparaient leurs onguents et qui détenait les secrets de la féminité  des Marocaines. Je m’approchais du  moucharabieh et  je cherchais déjà  dans la pénombre  ma bien-aimée.

Je fus récompensé au-delà de mes espérances.

 Soudain, dans le noir,  Une volée de coups de bâtons me cingla le dos. La vivacité de l’attaque me laissa d’abord inerte. Puis je m’évertuai  à m’échapper de cette bastonnade. Je me maudis d’être acculé à cette fenêtre. En fait de paradis, j’étais en enfer ! »

Mon grand-père cessa sa narration, riant aux larmes de ce souvenir. Je riais moi-aussi de bon cœur l’imaginant couvert d’égratignures, roué de coups de bâtons.

-       Grand-père, qui te frappais ainsi, Jasmine ?

 

-       Non, non, sa sœur, Lila avait intercepté notre conversation secrète et m’avait joué un mauvais tour, que je n’ai  pas oublié à ce jour.

-       Mais, grand-mère ne s’appelle pas Jasmine. Cet amour n’a donc pas vu le jour.

-       Dans un sourire grand-père me répondit.  Le moucharabieh réserve bien des surprises, ta grand-mère se prénomme Lila.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

dimanche 2 septembre 2012

Terre d'exil - Prix du Loriot 2010 Auriol


Terre d'exil

 

 

                            Partie des Cévennes,

                                                                  Je n'avais plus l'âge de jouer

J'ai visité la France au gré de ma jeunesse

M'installant ça et là pour y gagner ma vie

                            Jamais malheureuse,

                                                                  Toujours insatisfaite

 

Se pourrait-il que je sois bien ici?

 

 

Vint le temps des amours et des enfants qui naissent

Il serait le moment de trouver un pays

Le chant des rivières et les cigales m'appellent

 

C'est dans le sud que grandira « le Petit »

 

 

L'immobilier prétentieux m'éloigne de la ville

Je croise l'Huveaune faussement tranquille

Ce fleuve serait-il mon pilier?

 

 

A fleur de vallée, protégée du mistral

Un village moderne mais aussi médiéval

                            N'attend que moi,

                                               Du moins je le crois

 

 

Sous les platanes du Cours, au long de l'année

Les jeux des plus jeunes 

Me rappellent les châtaigniers

 

                            Ce pays de lumière

                                                                           Ici déniché

 

A mon cœur est cher

Il protège ma nichée

mardi 28 août 2012

Concours de nouvelles Fuveau 2012

le 8 septembre 2012, résultat du concours de nouvelles "Derrière le moucharabieh". Syhaey concourt aussi...résultat dans 10 jours. Ca tombe bien ma nouvelle se passe au Maroc. le hasard fait bien les choses.