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dimanche 3 mai 2020
dimanche 20 mars 2016
La vie ne tient qu'à un fil, concurs Fantastique Provence
Voila résultat du concours Fantastique Provence, je suis sur le podium...Avec "La vie ne tient qu'à un fil", que vous pouvez découvrir juste là :
La vie ne tient
qu’à un fil.
Sur la place, au
petit matin, je les vois s’affairer autour de l’estrade. C’est un jour sans
mistral, ils commencent tôt parce que le soleil de Provence darde haut en cette
saison. Bientôt nul ne pourra traverser sans couvre-chef pour se protéger. Les
planches sont entassées dans un coin, il va falloir plusieurs heures pour les
assembler et un long rouleau tressé est affalé juste à côté d’elles. D’un œil
j’observe ces hommes au travail, de l’autre je jette un regard sur ma vie.
Quel destin que le
mien !
Mon père était
cordier. Issu de sept générations spécialisées dans la corde marine. La
boutique sur le Vieux Port était unique. Les armateurs ne juraient que par mon
paternel. Il avait coutume de dire qu’une corde n’était pas faite uniquement de
fils tressés. Que le temps, l’expérience, la patience et l’amour du travail
bien fait était ce qui donnait toute la souplesse, la résistance et la
longévité à cette longue ligne qu’il vendait au mètre. Dans ce hangar ouvert
aux quatre vents, le marin pouvait dénicher tout ce qui ferait son bonheur et
équiperait son pointu ou son voilier.
Pour ma part, et
au grand désespoir de mon père, je ne m’y suis jamais intéressé. Je préférai
plonger à la découverte du monde sous-marin. Je n’ai pas passé assez de temps à
ses côtés et je le regrette encore aujourd’hui. Quand j’eus sept ans, il fut
décapité par une amarre trop tendue, la corde ne venait pas de chez nous. Mon
grand-père maternel prit le relais de mon éducation. Ma mère avait trop à faire
avec l’atelier et la boutique. Ma vie changea du tout au tout.
Je restais
suspendu à mon destin. La famille de ma mère était funambule dans un cirque.
Tous les matins nous vérifions que le fil tressé résistait. Selon moi, pour
faire ce métier, il fallait une bonne dose de courage et encore plus
d’inconscience. Etiré à cinq mètre du sol entre deux mats, le lien qui devait
traverser me semblait si tenu. Toutefois je pris mon courage à deux mains et
tentai l’expérience. Celle-ci se solda par une chute heureusement sans gravité.
Grand-père m’avait fait tester l’équilibre à cinquante centimètre d’altitude.
Seul mon orgueil fut blessé. Je jurai de ne plus remettre un pied sur cette
satanée ligne. C’est du sol ferme que j’observai dubitatif les envolées de mon
aïeul.
La corde devait me
réserver encore bien des surprises. Comme ce jour de Saint Jean où les jeux
entre adolescents faisaient rage. Nous étions sur la plage du Prado. Là, sous
le soleil de juin, les filles exhibaient leurs bikinis à la mode alors que nous,
garçons, affichions d’imaginaires biscottos. La règle était simple : deux
équipes face à face, une ligne centrale et ce lien que chacun tire de part et
d’autre pour amener l’adversaire dans son camp. J’étais en première ligne, la
bande de mon enfance me soutenait du mieux qu’elle le pouvait. Face à nous,
outsiders, les tenants du titre. Indétrônables depuis une éternité. Leur arme
était longue et fine, telle une liane aux yeux couleur de miel. La beauté de
son regard n’avait d’égale que sa puissance musculaire. Cette année, j’en étais
sûr, c’est nous qui gagnerions. La partie fut rude, chaque centimètre que nous
cédions, nous le reprenions immédiatement. Les deux équipes se valaient. Ma
concurrente ne ménageait pas sa peine pour mener les siens à la victoire.
Finalement, elle franchit la frontière de sable. Tellement emporté par cet
exploit, je donnais une dernière impulsion, et elle se retrouva dans mes bras.
La corde m’avait apporté un cadeau. Celui de l’amour.
Ce lien là me
permit toutes les audaces enfin la chance tournait et je la saisissais au vol.
Je m’unis à ma
dulcinée : la corde au cou. Pour ma plus grande joie. Les années qui
suivirent ne furent qu’enchantement.
Je travaillais de
ci de là. Nous n’étions pas riches mais nous en avions assez pour vivre. Mon
amour avait été embauché par ma mère pour l’aider au magasin. Je me refusai de
prendre la succession qui nous aurait offert une vie plus sereine. Patiemment,
elle apprit tout ce qu’il fallait savoir sur les cordages, le chanvre et les
amarres. Elle transmettrait tout ceci à notre fils. Son ventre s’arrondissait
et je n’étais pas peu fier. Quand il vint au monde, j’eus la responsabilité de
rompre ce cordon qui le reliait à sa vie d’avant. En même temps que je lui
offrais sa première indépendance, je promis de tout faire pour qu’il grandisse
sereinement. Il était temps que je reprenne les rennes de l’entreprise
familiale.
Bien malgré moi,
je me rendais aux entrepôts chaque matin, j’organisais la journée, je vérifiais
la qualité des fils, je tendais, tirais, tressais et le soir venu, le grand
livre de comptabilité m’attendait.
Je réservais mon
dimanche à cet enfant que j’aimais plus que tout. Nous partions en bateau
mouiller au large du Frioul. Là, l’eau limpide nous tendait les bras. Armés de
nos seuls masques nous plongions à la découverte d’un univers magique et libre
de toute entrave.
Je vieillissais et
je plongeais de moins en moins longtemps au fur et à mesure que le fils prodige
battait des records d’apnée. Un dimanche, la houle se leva. Je voulais rentrer
au port, lui non. Il me supplia de rester pour un dernier plongeon. Je cédai.
Il n’eut pas le temps de voir la lame qui l’emporta, moi si. Le temps s’arrêta.
Un ralenti pendant lequel j’étais incapable d’agir bien qu’il le faille. Je ne
sais toujours pas comment j’ai lancé la bouée. Comment il s’y est accroché.
Comment j’ai tiré sur la corde qui le ramenait à bord. Il était là dans mes
bras, vivant. Je ne me serais pas pardonné de la perdre. J’aurais plongé à ses
côtés.
Nous rentrions au
port. Fourbus, mais heureux d’être en vie. Mon épouse nous attendait. Sans un
mot elle prit notre fils par la main et tourna les talons. Plus notre situation
financière était florissante, plus notre amour se délitait. Je ne la voyais
plus qu’au magasin pour parler de boulot. A la maison, je m’écroulais de
sommeil sitôt le repas englouti. J’avais oublié que les liens de l’amour comme
les cordages des bateaux nécessitent du temps, de l’expérience, et de la
patience, gage de longévité.
Elle avait largué
les amarres.
J’embauchai un
contremaitre. Je ne remis plus un pied dans cet établissement de malheur.
Les trois coups
secs frappés à la porte m’arrachent à mes rêves. C’est l’heure. Je jette un
dernier regard par la fenêtre.
La corde
maintenant tendue sur la potence n’attend que moi.
lundi 31 mars 2014
lundi 10 septembre 2012
Derrière le Moucharabieh....concours de Fuveau
Voila ma nouvelle "Qui aime bien, chatie bien et réciproquement" qui a terminé 7ème au concours des écrivains en Provence - Fuveau 2012.
"QUI AIME BIEN CHATIE BIEN et RECIPROQUEMENT"
Je
me souviens, l’année de mes quinze ans...
Ma mère, excédée par mes bêtises, qui auraient
pu avoir de fâcheuses conséquences sur mon avenir, m’envoyât chez son père,
dans le sud du Maroc. Ayant grandi à Marseille, je découvrais pour la première
fois la terre de mes ancêtres. Cet été là,
je ne l’oublierai jamais. Le temps d’une saison, je suivis les enseignements de
mon grand-père.
De
ma mémoire, remonte une anecdote : le jour suivant mon arrivée je visitais
le village avec Grand-Père. Nous traversâmes des ruelles étroites sous le
soleil accablant de juillet. Il n’était que dix heures du matin quand nous
arrivâmes sur la Place aux Epices et déjà le souffle chaud du chergui saturait
l’air de muscade, coriandre et cumin. Ces effluves entêtants déliaient les
langues.
Cette
large esplanade permettait d’atteindre une impasse où nous pouvions reprendre nos esprits. Tout
au fond se dressait un arganier. Je le contemplais un instant quand mon regard
fut attiré par une étrange fenêtre de couleur brun- rouge tranchant avec les
murs blancs qui l’encadraient. En regardant mieux, je m’aperçus qu’elle était
ajourée de centaines de minuscules
ouvertures. Je m’approchais, attiré comme un aimant par cette porte qui
devait mener au paradis - il ne pouvait en être autrement. Soudain, je fus
subjugué par une odeur ensorcelante, jaillissant de ce lieu mystérieux. Je me
retournai vers mon grand-père en suggérant :
-
Est-ce la demeure d’une reine ?
Grand-Père
me toisa de toute sa hauteur. Il passa la main dans ses cheveux blancs et ses
prunelles noires s’allumèrent à la lueur des souvenirs.
Il
me montra un vieux banc sous l’arganier :
-
Viens t’asseoir, je vais te conter une
histoire…
Nous
nous installâmes, il prit une profonde inspiration et commença doucement.
«
Ceci est un moucharabieh. Derrière se cache le plus merveilleux des secrets. Je
vais te le dévoiler. » Il s’éclaircit la voix puis continua en plongeant
son regard dans les cieux azurs.
« Je
devais avoir ton âge à peine. Je venais jouer ici avec les autres garçons
jusqu’au jour où j’entendis des rires traverser cette ouverture - Il me montra le moucharabieh - pas n’importe
quels rires, pas ceux de grands
garnements comme toi et moi. Non. Des notes cristallines qui, si nous n’y
prenons pas garde, peuvent passer pour le chant des oiseaux. N’écoutant que mon
cœur, je m’élançai vers ces envolées enchanteresses. »
Grand-Père
cessa sa narration un instant puis leva la tête en me soufflant : « L’arganier
sous lequel nous sommes assis s’érigeait déjà à cet endroit. Jeune et quelque
peu écervelé, j’entrepris de l’escalader pour essayer de voir à travers le
moucharabieh. Quelle idée ! Il n’y
a que les chèvres qui peuvent s’en
sortir indemne ! C’est donc couvert d’égratignures que j’atteignis le
sommet.
De
là-haut, je n’avais qu’à me pencher pour voir à travers les minuscules
ouvertures, qui étaient les créatures magiques qui exaltaient mes sens. Dans la pièce, il n’y avait que des femmes. La plus proche de moi était très âgée. Elle dépliait devant elle un léger
voile d’où se déversait une cendre chaude qu’elle récupérait précautionneusement dans un mortier en olivier. Puis longuement
et patiemment elle pila cette étrange mixture. Je ne sus que bien plus tard
qu’elle préparait le Khôl qui rend majestueux le regard des femmes d’ici. Tout
près d’elle se tenait trois jeunes
femmes, l’une d’elle servait le thé à la menthe, tandis que la deuxième, sa
sœur à n’en pas douter, mélangeait
délicatement du miel doré et du jus de citron pour en faire de la cire. Mes
yeux écarquillés pour ne perdre aucune miette de ce spectacle auquel aucun
homme n’est autorisé à assister, je
restais muet d’admiration devant la plus jeune d’entre elles.
Sa
peau claire tranchait avec de longs cheveux noirs. La courbe de ses longs cils
donnait à son regard un air angélique. Elle s’appliquait à préparer un fard
vermillon en travaillant la pierre d’alun avec du jus de citron et de
la poudre de coquelicot. Elle releva la tête et m’aperçut à travers l’étrange grillage qui formait cette
fenêtre. Prétextant avoir trop chaud, elle traversa la pièce et s’approcha
gracieusement de moi ; je tremblais par avance qu’elle ne me dénonce. Elle
n’en fit rien. Elle me sourit et mima du bout des lèvres :
-
Quel est ton nom ?
-
Mustapha et toi ? Répondis-je de la
même façon.
-
Jasmine.
Nous
nous observâmes un long moment en silence
Audacieux, je murmurai : «A la
tombée de la nuit je serai là, derrière
le moucharabieh, rejoins-moi. » Elle ne dit rien et retourna à sa tâche.
Je
descendis de l’arbre aux mille griffes et rentrai chez moi ne pensant qu’à
cette rencontre nocturne. Je ne mangeai que du bout des lèvres. Ma mère
s’inquiéta autant de mon manque
d’appétit que de mes écorchures. Je ne dis rien, encore sous le charme de cette
subreptice rencontre.
Je
ne pensais qu’à Jasmine. Même son prénom
embaumait mon cœur. Du haut de mes quinze ans la terre m’appartenait et ce soir
j’allais rencontrer celle qui deviendrait,
j’en étais persuadé, l’élue de mon cœur.
Le
soleil déclinait lentement vers l’ouest et je partis vers la maison de Jasmine
en sautillant, le cœur léger. L’arganier m’attendait toujours prêt à en découdre. Je repris mon ascension
tachant d’oublier les morsures que
m’infligeait cet ascenseur vers le paradis. Arrivée en haut de cet arbre
démoniaque j’entrepris d’escalader la façade en prenant soin de m’aider des
aspérités du mur et me retrouvais sur le toit. Je redescendis de l’autre côté
du toit dans la cour intérieure, ensuite, ce fut un jeu d’enfant de rejoindre
le lieu de mon rendez-vous car la maison semblait endormie.
Je pénétrai dans le sein des seins de cette demeure,
la pièce réservée aux femmes. Celle où elles préparaient leurs onguents et qui
détenait les secrets de la féminité des Marocaines. Je m’approchais du moucharabieh et je cherchais déjà dans la pénombre ma bien-aimée.
Je
fus récompensé au-delà de mes espérances.
Soudain, dans le noir, Une volée de coups de bâtons me cingla le
dos. La vivacité de l’attaque me laissa d’abord inerte. Puis je m’évertuai à m’échapper de cette bastonnade. Je me maudis
d’être acculé à cette fenêtre. En fait de paradis, j’étais en enfer ! »
Mon
grand-père cessa sa narration, riant aux larmes de ce souvenir. Je riais
moi-aussi de bon cœur l’imaginant couvert d’égratignures, roué de coups de
bâtons.
-
Grand-père, qui te frappais ainsi,
Jasmine ?
-
Non, non, sa sœur, Lila avait intercepté
notre conversation secrète et m’avait joué un mauvais tour, que je n’ai pas oublié à ce jour.
-
Mais, grand-mère ne s’appelle pas
Jasmine. Cet amour n’a donc pas vu le jour.
-
Dans un sourire grand-père me répondit. Le moucharabieh réserve bien des surprises, ta
grand-mère se prénomme Lila.
dimanche 2 septembre 2012
Terre d'exil - Prix du Loriot 2010 Auriol
Terre d'exil
Partie des Cévennes,
Je
n'avais plus l'âge de jouer
J'ai visité la France au gré de ma jeunesse
M'installant ça et là pour y gagner ma vie
Jamais malheureuse,
Toujours
insatisfaite
Se pourrait-il que je sois bien ici?
Vint le temps des amours et des enfants qui naissent
Il serait le moment de trouver un pays
Le chant des rivières et les cigales m'appellent
C'est dans le sud que grandira « le Petit »
L'immobilier prétentieux m'éloigne de la ville
Je croise l'Huveaune faussement tranquille
Ce fleuve serait-il mon pilier?
A fleur de vallée, protégée du mistral
Un village moderne mais aussi médiéval
N'attend que moi,
Du
moins je le crois
Sous les platanes du Cours, au long de l'année
Les jeux des plus jeunes
Me rappellent les châtaigniers
Ce pays de lumière
Ici
déniché
A mon cœur est cher
Il protège ma nichée
mardi 28 août 2012
Concours de nouvelles Fuveau 2012
le 8 septembre 2012, résultat du concours de nouvelles "Derrière le moucharabieh". Syhaey concourt aussi...résultat dans 10 jours. Ca tombe bien ma nouvelle se passe au Maroc. le hasard fait bien les choses.
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